Que resterait-il de notre terre si l’humanité disparaissait ? C’est peut-être là l’une des questions fondamentales que l’on peut se poser lorsque l’on regarde les tableaux de Mariano Angelotti.

Mariano est un peintre qui aime laisser trainer son regard sur les choses qui nous sont devenues indifférentes. Ces choses que l’on ne regarde plus ou plutôt que l’on ne prend plus le temps de regarder. Du simple grillage qui sépare deux terrains, au portail en fer installé pour signifier que là, la terre ne nous appartient plus. En passant par des chemins tracés dans les forêts par la répétition de nos passages ou les restes d’un parcours d’arbo-escalade suspendu et révélé par la chute des feuilles à l’autonome. Des paysages quotidiens qui nous invite à réfléchir sur notre façon d’habiter, d’appréhender, de façonner le monde : d’être au monde.

Il s’agit bien là d’une question d’appréhension, en effet Mariano Angelotti pense ses tableaux sous forme de question. Il ne cherche pas à reproduire les paysages, mais plutôt à partager la sensation de ce qu’il regarde, de ce qu’il perçoit.

Dans notre monde qui fait coexister les couleurs pop de l’ère internet et les souvenirs romantique de l’histoire de l’Art, il mélange volontairement couleurs artificielles et touches plus traditionnelles. Les jaunes sont fluos ou flamboyant, les bleus tranchés ou bleu ciel, les roses criards ou pastels, les verts quasi radiocatif ou voluptueux. Pour Mariano Angelotti, « la peinture est complètement factice, ce n’est pas un réel, il y a une espèce d’impossibilité jouissive dans la peinture, celle justement de représenter le réel.» Peut-être que le seul point de contact avec la réalité ici, serait la lumière, car c’est elle qui fait advenir les images. Les lumières dans ses tableaux sont crépusculaires. Elles nous glissent dans un monde hésitant entre le jour et la nuit, un entre-deux mondes.

Lorsque nos yeux se balades sur la toile, les couleurs s’animent. La touche est diffuse. On entre par le bas, en suivant du regard des touches éparses qui guident inconsciemment notre sensibilité. Au fur et à mesure que notre regard s’élève, ses touches viennent  former l’image. L’image se construit sous nos yeux comme un rêve se forme dans notre sommeil. On se rappelle avec délice les paysages vibrants des impressionnistes. Ce traitement pictural remet de la poésie et de l’onirisme dans des bribes de paysages familiers qui nous paraissaient insignifiants.

On se laisse alors emporter par l’étrangeté des atmosphères et se met à penser. Peut-être que ce sont là les seules choses qui resteront après l’humanité. Tous ces artefacts perdus  dans la nature qu’il saisit dans ces tableaux. La bouée, le pylône en béton, le chemin ou encore la barrière en métal avec pour horizon la splendeur du monde.

Elodie Bernard